les nouveaux défis: innovation et formation.

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Qu’elles sont les nouveaux enjeux de la formation et de la formation professionnelle continue?  Quelle est l’influence des NTIC sur nos vies, sur nos apprentissages? Et comment sont-ils vécus au quotidien?

Des questions que se pose Martine Fournier dans un article  paru dans la revue Sciences Humaines: les grands dossiers, numéro 41, de la formation au projet de vie, décembre 2015.

Madame Fournier pense qu’apprendre est devenu une constante des sociétés contemporaines. Dans les loisirs comme au travail, à tous les âges de la vie, de manière formelle ou informelle, volontaire ou contrainte…

Voici quelques exemples : sur leur Monopoly Star Wars, dernière version de ce jeu culte, Marcel et Alban s’initient aux lois du marché grâce au commerce très concurrentiel des galaxies les plus prometteuses. Georgia et Arthur découvrent de leur côté les lois de la nature en alimentant des plantes carnivores dans une petite serre réservée à cet effet d’un jeu écologique en vogue…

 

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Ce qui suit nous donne  la description d’une famille type telle que Madame Fournier la visualise:

Victoria, préadolescente, est rivée à sa tablette pour découvrir et échanger toutes les possibilités de créations de la pâte Fimo… tout en faisant des incursions sur Wikipédia pour préparer son prochain exposé d’histoire. La grand-mère de cette petite tribu, quant à elle, se rend à une conférence sur « l’éducation thérapeutique », tandis que le grand-père, devant son ordinateur, étudie avec attention un tutoriel de menuiserie qui va lui permettre de construire la cabane dans les arbres promise aux enfants… Et les parents ? Ils travaillent. Le père, dentiste, est parti suivre une formation sur les nouvelles techniques d’implants dentaires. De son côté, la mère assiste à une réunion de travail destinée à informer sur les récentes normes et règlements du commerce, nécessaire à la bonne marche de son entreprise.

La conclusion que Madame Fournier donne est : Dans cette famille du 21e siècle, toutes les générations ont en commun d’être engagées dans un acte d’apprentissage. Aujourd’hui, apprendre n’est plus réservé au temps passé dans la classe ou sur les bancs de l’université. L’éducation formelle n’est finalement qu’un petit pan de ce que nous apprenons tout au long de l’existence, de manière informelle.

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Certes, depuis toujours, le désir d’apprendre se manifeste chez les êtres vivants. Les bébés humains n’ont de cesse de savoir marcher, parler, imiter les plus grands…

Apprendre hors les murs

Mais, aujourd’hui, l’acte d’apprendre semble n’avoir jamais été aussi présent, à tous les moments et les âges de la vie. Une appétence stimulée par les avancées technologiques des sociétés contemporaines.

À l’ère numérique, les écrans offrent un accès illimité à toutes les questions que chacun se pose. Qui n’a pas assisté à un dîner où les convives sollicitent Google sur leur smartphone pour répondre à une question ou vérifier une information ? Qui n’a pas visité x fois Wikipédia pour s’informer sur un point d’histoire, d’actualité ou de culture générale ? Qui n’a jamais sollicité Youtube pour découvrir une nouvelle recette de cuisine, apprendre comment faire pousser des tomates bio sur sa terrasse ou vidanger sa voiture sans passer chez le garagiste ? Remarquons au passage que la « fracture numérique », prophétisée par certains à l’aube du 21e siècle, n’a pas eu lieu. L’accès aux « nouvelles » technologies s’est généralisé sur toute la planète, via notamment les petits téléphones portables qui ont désenclavé les contrées les plus pauvres et les plus reculées (75 % des Africains en sont munis, 94 % en Côte d’Ivoire par exemple).

Les pères de l’éducation populaire militaient pour une société où la culture serait accessible à tous. Aujourd’hui, même si beaucoup d’inégalités persistent, à tous les niveaux, tous les âges, selon ses choix personnels, on apprend. Des adolescents créent leurs propres musiques sur le Web, les partagent et les transforment avec leurs amis. Les Journées du patrimoine attirent les foules tout comme les musées, les mémoriaux ou autres expositions. On part en voyage pour visiter de nouvelles contrées et aller à la rencontre d’autres cultures. Les universités populaires affichent complet et certaines s’adressent aux plus déshérités. Même les réseaux sociaux véhiculent des apprentissages, où chacun, selon ses goûts et son groupe d’amis, trouve des tuyaux pour sa propre quête de développement personnel aussi bien que d’enrichissement artistique…

Se former, nouvelle richesse des nations

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Dans le monde du travail, les transformations de ces dernières décennies alimentent un besoin croissant de formation pour les travailleurs et les entreprises. Basculement du système de production de masse vers un « apprentissage organisationnel » piloté par l’innovation ; montée en puissance des services (dans les pays développés, ils représentent environ aujourd’hui 80 % des PIB) générant de nouvelles aptitudes et de nouvelles professions… Ces transformations ont eu un impact sur l’image du travailleur. Le travail normé, prescrit et répétitif a laissé place à des métiers requérant des compétences nouvelles, des capacités d’initiative, d’autonomie, de responsabilité et d’adaptabilité, en même temps qu’un niveau plus élevé de formation.

Pour Philippe Carré, nous sommes entrés dans des sociétés de l’« apprenance » (1). Selon ce chercheur en sciences de l’éducation, spécialiste de la formation et auteur de nombreux ouvrages sur la question, si les connaissances et les compétences sont devenues « un élément vital du développement personnel », elles sont aussi la principale source de création de richesse des pays développés, passés en un demi-siècle d’économies industrielles aux économies du savoir (2).

Les contours de cette économie ont été bien formulés par nombre d’analyses. Elle est née d’une part de la formidable expansion des technologies de l’information et de la communication qui, selon l’essayiste américain Jeremy Rifkin, ont engendré l’avènement d’une troisième révolution industrielle (3). Aux États-Unis, le secteur du numérique et des réseaux est devenu le premier secteur économique, avec un taux de croissance de l’emploi six fois supérieur à la moyenne.

Par ailleurs, la révolution numérique a accompagné le développement d’une économie immatérielle (4), dans laquelle les investissements dans la recherche, la formation et le traitement de l’information ont pris une part croissante. Dans l’industrie, la part du traitement industriel n’a cessé de diminuer dans la valeur des produits fabriqués, alors que les coûts consacrés à la recherche-développement, la logistique, la maintenance et le conseil sont devenus majoritaires.

 

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Depuis les années 1990, les institutions nationales, européennes, internationales, s’unissent pour inciter au développement du capital humain dans un concert célébrant « le trésor de l’éducation » et « la formation tout au long de la vie » (5) (encadré ci-dessous).

Parallèlement, dans les pays développés, la formation professionnelle est devenue un immense secteur d’activité. D’autant que les besoins sont aujourd’hui renforcés par le caractère de plus en plus incertain de la conjoncture économique. Alors qu’auparavant, il n’était pas rare de garder le même métier toute sa vie, les générations actuelles sont destinées à en changer plusieurs fois, de l’avis de tous les experts.

Entre nécessité et désir

C’est ainsi qu’a émergé la figure d’un travailleur capable d’évoluer dans un monde changeant. D’aucuns le voient comme un individu « entrepreneur de soi », sujet social autonome au sein de sociétés éducatives censées garantir à chacun les possibilités de son évolution. D’autres le perçoivent comme un pur produit du néolibéralisme, et de ses injonctions à un empowerment* qui rendrait le travailleur directement comptable de la qualité de son implication…

Toujours est-il qu’apprendre est devenu un véritable paradigme des sociétés contemporaines. Les « sociétés de l’apprenance », décrites par P. Carré, ont été initiées par un nouveau rapport au savoir qui englobe dans l’acte d’apprentissage les motivations, les représentations et les affects de celui qui apprend. L’invitation à « apprendre tout au long de sa vie » implique pour les individus non seulement le développement de compétences nouvelles, « mais également des attitudes de mobilisation, de prise de responsabilité, de risque et d’initiatives ».

Cependant, la nécessité de se former ne correspond pas pour tous à un choix volontaire : il peut être imposé à la suite d’un licenciement et prend la forme d’une reconversion professionnelle parfois douloureuse.

Mais elle peut constituer aussi, pour d’autres, une démarche féconde, stimulée par le désir d’apprendre, objet de satisfaction et d’estime de soi. Comme dans le cas de ceux qui décident un jour, de leur propre initiative, de « tout plaquer » pour changer de vie ou du moins de profession et n’hésitent pas à s’auto-former pour satisfaire leurs envies et le besoin de se sentir les auteurs de leur propre vie.

Apprendre, finalement, est une activité qui s’est toujours conjuguée entre désir et nécessité…

 A suivre un point sur la loi de 2014 et la mise en place du CPF.

NOTE:

1 Philippe Carré, L’Apprenance. Vers un nouveau rapport au savoir, Dunod, 2005

2 L’expression économie du savoir est apparue dans les années 1960. On parle aussi d’ « économie cognitive » ; les anglo-saxons emploient « knowledge society ». Voir S’Orienter dans la vie, une valeur suprême ? Dictionnaire de sciences humaines, Francis Danvers, Presses universitaire du Septentrion, 2009

3 Jeremy Rifkin, La troisième révolution industrielle : Comment le pouvoir latéral va transformer l’énergie, l’économie et le monde, Les liens qui libèrent,‎ 2012

4 Olivier Bomsel, L’économie immatérielle. Industrie et marchés d’expériences, Gallimard 2010

5 Voir notamment le célèbre ouvrage de Jacques Delors, L’Education-Un trésor est caché dedans, Unesco/Odile jacob, 1996

Empowerment
Cette notion, difficilement traduisible en français, a été définie comme « le mécanisme par lequel les gens, les communautés, les organisations augmentent la maîtrise de leur vie » (Julian Rappaport, 1985). Elle désigne en fait une capacité d’agir, le processus par lequel une personne peut elle-même contrôler sa situation et améliorer ainsi ses conditions de vie. Certaines politiques sociales encouragent l’empowerment, considéré comme un moyen d’émancipation des personnes.

Bibliographie:

  • http://www.scienceshumaines.com/apprendre-tout-au-long-de-la-vie_fr_35408.html
  • la revue Sciences Humaines: les grands dossiers, numéro 41, de la formation au projet de vie, décembre 2015.

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